Etude du biais perceptif sur le fonctionnement mnésique dans l’autisme

Responsables : Jean-Marc Baleyte et Bérengère Guillery-Girard

Parmi les modèles théoriques de l’autisme, les modèles perceptifs postulent l’existence d’un biais en faveur de la dimension locale (traitement des détails), reflétant soit une réelle supériorité du  traitement perceptif (EPF pour Enhanced Perceptual Functioning, Mottron et al. 2006 ; J Autism Dev Disord 36:27-43) soit un défaut de cohérence centrale (WCC pour Weak Central Coherence, Happé et Frith, 2006 ; J Autism Dev Disord 36:5-25.).

Ces troubles perceptifs pourraient avoir des répercussions directes et opposées sur la cognition et notamment sur la mémoire. En effet, les autistes présentent des troubles de mémoire de travail  et de mémoire épisodique nécessitant d’intégrer de multiples informations en un souvenir autobiographique unique et cohérent. Les profils des patients autistes de haut niveau ne permettent pas de qualifier leurs difficultés de « troubles mnésiques » tels que ceux observés dans l’amnésie. Le biais pour les détails pourrait s’associer aux difficultés de création de liens entre différentes  informations cibles telle que lors de la mémorisation d’un contexte d’encodage spécifique à chaque souvenir épisodique. En revanche, ce biais pourrait faciliter les effets d’amorçage reposant sur les détails, à l’origine de compétences extraordinaires observées chez certains autistes de haut niveau.

Figure 1 - Etude du biais perceptif dans l’autisme - La phase d’étude consiste à traiter des dessins de façon soit locale (repérer un rond dans une partie du dessin), soit globale (décider si le dessin rentre dans un cadre de dimension fixe) - La phase de test consiste en une tâche d’identification de dessins en présentation tachistoscopique. L’effet d’amorçage se traduit par l’identification plus rapide des dessins déjà vus par rapport à des nouveaux.

L’objectif de ce projet pluridisciplinaire, associant des investigations cliniques et neuropsychologiques, est de mieux comprendre ces phénomènes paradoxaux en déterminant l’impact du biais  perceptif sur la mémoire épisodique et les effets d’amorçage perceptif. Pour tester ces hypothèses, nous proposerons à deux groupes de 30 sujets, âgés de 10 à 18 ans, une batterie originale  d’épreuves neuropsychologiques composées de bandes dessinées réalisées pour ce projet et adaptées de paradigmes déjà utilisés chez l’enfant dans notre laboratoire. Le premier groupe sera  composé d’enfants et d’adolescents autistes de haut niveau et Asperger et le second, d’enfants sains témoins appariés en âge et en QI avec les patients. Les enfants seront recrutés par le bais des Centres Ressources Autisme de Caen et Tours et bénéficieront d’un examen psychologique confirmant le diagnostic et évaluant la sévérité des symptômes. Le protocole comprend deux épreuves de mémoire à long terme (amorçage perceptif et mémoire épisodique) chacune proposée dans deux conditions d’encodage incident, l’une impliquant un traitement perceptif local et l’autre  un traitement perceptif global d’un matériel visuel (Figure 1). Des épreuves complémentaires seront également proposées parmi lesquelles figure une tâche d’associations multimodales à court  terme utilisée dans le laboratoire chez l’adulte sain et amnésique (Quinette P, Guillery-Girard B, Noël A, de La Sayette V, Viader F, Desgranges B, Eustache F (2006). The relationship between working memory and episodic memory disorders in Transient Global Amnesia. Neuropsychologia 44 : 2508-2519.).

Les données obtenues dans ce travail nous permettront de mieux comprendre ces phénomènes mnésiques paradoxaux, c’est-à-dire une  supériorité dans certaines circonstances contrastant avec un handicap dans d’autres contextes et devraient aboutir à la mise en place de  nouvelles méthodes de prise en charge des troubles cognitifs dans l’autisme en lien avec les apprentissages scolaires. Ce projet sera  prolongé par une étude centrée sur les difficultés de mémoire épisodique chez l’adolescent autiste en y associant l’EEG. L’adolescence  est caractérisée par une maturation de la connectivité neuronale, et notamment de la capacité du cortex frontal à exercer une modulation  top-down des régions limbiques. Le cortex frontal sous-tend en effet des processus de haut niveau, incluant le contrôle cognitif et les  conduites sociales. Des anomalies de cette connectivité ont été observées dans l’autisme sans en évaluer les répercussions sur le  fonctionnement mnésique. Ainsi, nous proposerons à deux groupes d’adolescents, autistes de haut niveau/Asperger et contrôles typiques, l’épreuve de mémoire épisodique mise au point précédemment en y ajoutant une dimension exécutive, à savoir la création de liens entre les éléments globaux et de détails. L’activité électrophysiologique sera mesurée lors de l’encodage et la reconnaissance des scènes  permettant ainsi d’identifier les anomalies dans les différentes étapes de traitement.

Collaboration : C. Barthélémy, U930, Tours