Troubles cognitifs liés au cancer et à ses traitements
Responsable : Bénédicte Giffard
La survenue de troubles cognitifs est une plainte fréquente des patients cancéreux traités par chimiothérapie. Ces troubles, bien que subtils, ont un réel impact négatif sur la qualité de vie. Ils ont parfois été observés dès l’annonce du diagnostic, ou encore à la suite d’autres classes de traitements comme les thérapies ciblées (Morel N, Eustache F, Lange M, Joly F, Giffard B (2010). L’impact du cancer et de ses traitements sur les fonctions cognitives : l’exemple du cancer du sein. Rev Neuropsychol 2 : 1-5). Afin de décrire et mieux comprendre ces troubles, quatre études longitudinales seront réalisées. La 1e étude (COGAGE) visera à évaluer l’incidence des troubles cognitifs induits par la chimiothérapie sur la qualité de vie et la fatigue et étudier leur évolution au cours du temps (1 évaluation pré-traitement et 4 après traitement : à l’issue, puis 6, 12 et 24 mois). Cette étude sera réalisée auprès de 200 patients traités en situation adjuvante pour un cancer du sein ou du côlon âgés de plus de 65 ans, car les essais cliniques ayant été conduits en majorité chez des patients jeunes, il existe peu de données sur les effets secondaires de la chimiothérapie des patients âgés qui en bénéficient.
L’objectif de la 2e étude (CANMEM) consiste à identifier plus précisément les mécanismes psychologiques et physiopathologiques à l’origine des troubles mnésiques. Cette étude longitudinale (pré-traitement, à l’issue, et un an après la fin du traitement) sera proposée à 30 patientes de 45 à 75 ans traitées par chimiothérapie adjuvante pour un cancer du sein non métastatique et à 30 sujets sains appariés. Les processus physiopathologiques impliqués seront évalués grâce à un protocole d’imagerie fonctionnelle : l’IRMf au repos permettra de décrire les modifications du réseau par défaut et de montrer ou non un lien entre ces modifications et d’éventuelles difficultés mnésiques. L’IRMf en activation permettra d’étudier le rôle du self dans une tâche de mémoire épisodique faisant directement intervenir l’implication personnelle du sujet (voir protocole IMAP).
Ces dernières années, une nouvelle classe thérapeutique, les thérapies ciblées et particulièrement les anti-angiogéniques, s’est avérée particulièrement efficace et est devenue le traitement de référence du cancer du rein. Cependant les anti-angiogéniques passant la barrière hémato-encéphalique, des troubles cognitifs ainsi qu’une grande fatigue sont fréquemment rapportés par les patients euxmêmes. Pourtant, ces symptômes n’ont jamais fait l’objet d’une étude spécifique. Ainsi, la 3e étude (COGANGIO) sera proposée à 120 patients de plus de 18 ans traités par anti-angiogénique pour un cancer du rein métastatique (1 évaluation pré-traitement et 3 après le début du traitement : à 3, 6 et 12 mois). Les trois études pré-citées évalueront par des tests spécifiques certaines fonctions cognitives, les facteurs anxio-dépressifs, la fatigue et la qualité de vie des patients.
Une 4e étude visera à mieux comprendre les relations entre les performances issues de tests neuropsychologiques et la plainte subjective des patients après traitement adjuvant. De nombreuses études ont en effet rapporté une absence de corrélation significative entre ces deux mesures : la perception des patients quant à leurs déficits cognitifs est généralement inférieure à ce qui est mesuré par les tests neuropsychologiques. La raison de cette absence de lien avéré est probablement multifactorielle : 1) facteurs méthodologiques, 2) facteurs d’ordre psychoaffectif (anxiété/dépression et fatigue), et 3) la métacognition, souvent évaluée dans certaines pathologies pour mieux comprendre son impact sur les troubles cognitifs, n’a jamais été testée auprès de patients cancéreux, or c’est une mesure hautement sensible pour évaluer et comprendre la plainte du patient et sa correspondance avec la performance réelle. Ainsi, l’étude consistera à mesurer et expliquer la correspondance entre les troubles cognitifs perçus par les patients cancéreux et leurs scores objectifs à l’aide de tâches de métacognition, tout en contrôlant les facteurs anxio-dépressifs et la fatigue, ainsi que l’effet du traitement grâce à une évaluation longitudinale.
Collaborations : Florence Joly, CLCC Caen et Cancéropôle Nord-Ouest.