Cognition et imagerie anatomique et fonctionnelle dans la sclérose en plaques

Responsable : Nathalie Derache

La sclérose en plaques (SEP) est une maladie inflammatoire, mais aussi neurodégénérative du système nerveux central touchant l’adulte jeune, source de handicap moteur et cognitif. L’atteinte cognitive (60% des cas), qui concerne principalement les capacités attentionnelles et mnésiques, est variable selon la forme de maladie et sa durée et relève soit de lésions directes, soit de phénomènes de désafférentation par les lésions de la substance blanche. Dans cette maladie, une atrophie corticale évolutive peut être détectée très précocement par des techniques d’imagerie adaptées. Elle est secondaire aux lésions corticales et aux phénomènes de dégénérescence axonale rétrograde dus aux lésions de la substance blanche. C’est pourquoi depuis une vingtaine d’années, une multitude de travaux ont été consacrés aux relations entre les troubles cognitifs et les anomalies observées à l’IRM cérébrale. Plus récemment, des liens ont été établis entre l’existence de troubles cognitifs et de nouveaux paramètres IRM (transfert de magnétisation, diffusion) ou la concentration de N-Acétyl-Aspartate (marqueur de souffrance neuronale) en  spectroscopie IRM. Cependant, toutes ces études n’ont montré le plus souvent qu’une corrélation modérée avec l’atteinte cognitive, principalement en raison de l’utilisation de scores cognitifs composites ou d’une classification binaire (atteinte cognitive ou pas) selon des critères extrêmement disparates d’une étude à l’autre. Des travaux s’appuyant sur la neuroimagerie fonctionnelle se sont attachés à évaluer les conséquences des lésions cérébrales sur le métabolisme (Derache N, Marié RM, Constans JM, Defer GL (2006). Reduced thalamic and cerebellar rest metabolism in relapsing-remitting multiple sclerosis, a positron emission tomography study:correlations to lesion load. J Neurol Sci 245 : 103-109). Les données disponibles en neuropsychologie concernant la mémoire épisodique ainsi que les processus en cause (déficit de récupération et/ou d’encodage) sont limitées et discutées (Defer GL, Daniel F, Marié RM (2006). Étude de la mémoire épisodique dans la sclérose en plaques grâce au « California Verbal Learning Test » : données en faveur d’une altération de l’encodage. Rev Neurol (Paris) 162 : 852-857). L’étude des liens entre les déficits observés et les différents paramètres cérébraux (charge lésionnelle, atrophie, métabolisme), ainsi que l’influence des facteurs propres à la maladie (âge, sexe, durée et forme de la SEP) représentent donc un sujet important d’investigation.

Cette étude portera sur des patients atteints de forme rémittente et progressive primaire de SEP, de durée d’évolution variable et ayant un handicap limité (EDSS<6). Son objectif principal est  d’étudier la mémoire épisodique dans ses composantes rétrograde et antérograde (et l’influence de l’émotion et des processus exécutifs). Nous étudierons également les liens entre les performances de mémoire épisodique et différents paramètres d’imagerie anatomique (volume lésionnel, atrophie cérébrale, fraction d’anisotropie) et fonctionnelle (CMRglu en TEP et amplitude du signal BOLD en IRMf de repos). La variabilité des perturbations cognitives et des processus lésionnels en cause dans la SEP est en effet propice à la mise en place d’études de corrélations cognitivo-anatomiques et cognitivométaboliques telles qu’elles ont déjà été réalisées dans l’équipe, pour mieux identifier les sites impliqués dans les perturbations observées. De plus, une étude en IRM de diffusion est particulièrement adaptée dans cette affection touchant les connexions inter-régionales et les données seront corrélées avec les autres données d’imagerie cérébrale et cognitives. L’inclusion de patients ayant des formes de maladie différentes devrait aussi permettre de préciser le profil évolutif des troubles cognitifs dans cette maladie. Enfin sur le plan pratique, une meilleure compréhension des troubles cognitifs de ces patients et notamment de l’influence de l’émotion sur la mémoire épisodique est un élément majeur pour une meilleure prise en charge de ces troubles, sous la forme de programmes de rééducation cognitive optimisée, et une amélioration de la qualité de vie des patients atteints de SEP.

Collaboration : Gilles Defer