Cognition et imagerie anatomique et fonctionnelle dans la sclérose latérale amyotrophique
Responsables : Laurence Carluer, Fausto Viader
La sclérose latérale amyotrophique (SLA) a longtemps été considérée comme résultant d’une atteinte exclusive du système moteur, mais l’existence de troubles cognitifs est maintenant reconnue chez 30 à 50% des patients (Rippon et al., 2006, Arch Neurol 63:345-52). D’intensité variable, ils semblent dominés par une atteinte des fonctions exécutives et les troubles de la mémoire sont souvent considérés comme dus à cette atteinte. Parmi les patients ayant des troubles cognitifs, on estime que 15 à 20% répondent aux critères de démence fronto-temporale (DFT), tandis que les autres auraient des altérations infra-cliniques, n’apparaissant qu’à une évaluation systématique. Ces données suggèrent que la SLA sans troubles cognitifs et la SLA/DFT sont les deux extrémités d’un continuum plutôt que deux entités nosologiques distinctes. Les résultats de l’imagerie fonctionnelle concordent avec les données cliniques : une hypoperfusion ou un hypométabolisme frontal et/ou temporal ont été mis en évidence chez les patients SLA ayant des troubles cognitifs, qu’ils répondent ou non aux critères de DFT. Les liens entre SLA et DFT, dont les proportions dépassent de loin le hasard, restent donc mal compris à ce jour, et l’utilisation d’une évaluation cognitive détaillée et d’examens d’imagerie morphologique et fonctionnelle semble l’approche la mieux adaptée pour répondre à ces attentes.

Figure 1 - Anomalies morphologiques (en haut) et fonctionnelles (en bas) mises en évidence dans un groupe de 6 patients atteints de SLA, en comparaison à un groupe de sujets sains
Dans notre étude, des patients SLA sans troubles cognitifs avérés, des patients SLA avec des troubles cognitifs légers à modérés et des patients SLA/DFT sont sélectionnés grâce à une évaluation neurologique et neuropsychologique. Notre projet vise à mettre en évidence 1) les troubles cognitifs chez les patients SLA ; 2) les anomalies cérébrales et 3) leurs relations avec les troubles cognitifs, à l’aide d’examens de neuroimagerie structurale (IRM anatomique) et fonctionnelle au repos (TEP-FDG et IRMf au repos). L’IRMf au repos permettra de surcroît d’étudier les modifications du réseau par défaut, qui semble jouer un rôle dans la perception de soi (Mevel K, Grassiot B, Chételat G, Defer G, Desgranges B, Eustache F (2010). Le Réseau Cérébral par défaut : rôle cognitif et perturbations dans la pathologie. Rev Neurol (Paris) 166:859-72.) et dont l’altération pourrait soustendre l’attitude relativement positive (compte tenu de la gravité de la maladie) parfois décrite chez ces patients. L’étude des patterns de corrélations clinico-métaboliques et clinico-morphologiques observés dans les différents groupes fournira des éléments de réponse à la question du continuum entre les deux affections. Un suivi neuropsychologique des patients sera également mis en oeuvre (dans les limites imposées par la médiane de survie, estimée aujourd’hui à 4 ans) afin de rechercher d’éventuels marqueurs prédictifs de « conversion » entre SLA et SLA/DFT, ce qui n’a jusqu’à présent jamais été décrit. Enfin, dans la mesure du possible, une étude neuropathologique sera réalisée en collaboration avec le Pr Duyckaerts. Cette étude aura des applications cliniques importantes en proposant une batterie de tests permettant de détecter les troubles cognitifs infracliniques chez les patients SLA. En effet, leur mise en évidence est déterminante du point de vue éthique dans la prise en charge respiratoire de ces patients, en particulier pour tout ce qui touche aux soins palliatifs. Des données préliminaires de notre laboratoire indiquent des altérations des structures corticales frontales et limbiques (Figure 1).
Collaborations : Didier Hannequin, Charles Duyckaerts