Cognition sociale dans le vieillissement normal, la démence fronto-temporale et la démence sémantique

Responsables : Mickaël Laisney, Serge Belliard, Vincent de La Sayette

Exemple de la tâche de fausses croyances créée dans l’unité

Les troubles du comportement et des relations inter-personnelles sont bien établis dans la démence fronto-temporale (DFT), mais leur étude, à la lumière de cadres théoriques précis, ne s’est  faite que récemment. Ainsi, l’introduction de concepts et de tâches empruntés au champ de la psychiatrie a récemment suggéré l’existence de difficultés, chez ces patients, à inférer les états mentaux d’autrui, troubles dits de la « Théorie de l’Esprit » (Lough et al., 2006 ; Adenzato et al., 2010.). Cette approche, qui prend en compte des dimensions importantes de la personnalité, est fort prometteuse, mais laisse à l’heure actuelle des questions sans réponses, telles l’existence potentielle de plusieurs processus (ce qui pourrait rendre compte des dissociations parfois observées), les liens entre ces processus et d’autres fonctions cognitives également perturbées dans la DFT, comme la reconnaissance des émotions ou les fonctions exécutives, ou encore les substrats neuronaux précis de ces troubles.

Dans la démence sémantique (DS), des modifications cognitives et comportementales ont aussi été décrites, en particulier un égocentrisme, qui désigne la propension de ces patients à se référer à leur propre personne. Cet égocentrisme se manifeste dans le cadre des relations inter-personnelles et se caractérise par l’incapacité des patients à se décentrer d’eux-mêmes dans les interactions sociales (Belliard et al., 2007.). Ces comportements égocentriques pourraient également être imputables à des troubles de la théorie de l’esprit, hypothèse suggérée par une étude de cas unique (Bon et al., 2009), mais jamais testée à ce jour.

Cette étude a pour objectif de décrire et de comprendre l’origine des modifications des relations sociales et de la personnalité des patients souffrant de DFT ou DS. Pour cela nous étudierons les mécanismes cognitifs et les substrats cérébraux impliqués dans ces troubles auprès de 40 patients. Un groupe de sujets sains âgés (60-80 ans) sera inclus en tant que témoins et un groupe de sujets plus jeunes (40-60 ans) permettra, par comparaison avec les précédents, de mettre en évidence les effets de l’âge sur la cognition sociale, domaine où les données ne sont pas consensuelles.

Au plan cognitif cette étude comporte une batterie d’épreuves évaluant plusieurs dimensions de la cognition sociale  : l’attribution des états mentaux avec une tâche de fausses croyances (Figure), l’attribution d’intentions et la connaissance des règles sociales. Les fonctions exécutives et les modifications comportementales seront également évalués. Parallèlement, les volontaires bénéficieront d’un examen en IRM morphologique et IRM fonctionnelle au repos. Nous rechercherons les liens entre les modifications cérébrales et les déficits de cognition sociale chez ces patients. Enfin, un examen en IRM fonctionnelle lors de la réalisation d’une tâche de cognition sociale.

Cette étude devrait permettre de mieux comprendre les perturbations relationnelles des patients et par conséquent d’améliorer leur prise en charge.